Toujours innover

Markus Hasler dirige comme CEO l’une des plus grandes sociétés de remontées mécaniques de Suisse, et aussi l’une des plus florissantes. Chaque année, les Zermatt Bergbahnen doivent innover et réaliser d’importants investissements pour satisfaire une clientèle exigeante.

Interview: Zeno van Esse
Photos: David Birri

  

Monsieur Hasler, quelles sont les grandes nouveautés que les Zermatt Bergbahnen?
La principale innovation est sans nul doute le nouveau télésiège à six places entre Gant et Blauherd qui s’apelle «Hublot Express». Il remplace les anciennes télécabines, en service depuis 45 ans, et sa construction a coûté 8,2 millions de francs suisses. À cela s’ajoutent, comme chaque année, de nombreux petits travaux  qui passent souvent inaperçus, notamment un investissement de quelque centaines de milliers de francs dans de nouvelles installations d’enneigement.

Comment se passe votre grand projet de télécabine tricâble au Trockener Steg?
Le projet avance à grands pas. D’ici septembre 2018, nous allons investir entre 52 et 55 millions de francs pour moderniser l’accès du Trockener Steg au Petit Cervin et au Matterhorn glacier paradise, et proposer un mode de transport plus confortable et efficient. Les travaux portent sur la construction d’une nouvelle station de vallée et d’une station d’altitude ainsi que de trois pylônes intermédiaires.

Quels sont les défis majeurs dans le cadre de ce projet?
La logistique en haute montagne. L’un des chantiers se situe à 4’000 mètres d’altitude. Nous disposons au maximum de 100 jours de construction. Et durant cette période, nous devons acheminer des milliers de tonnes de matériaux. Nous avons dû construire spécialement un téléphérique de transport qui part du côté italien et monte jusqu’au Petit Cervin.

Pourquoi un tel projet mammouth?
Nous n’avons pas assez de capacités sur la ligne Trockener Steg–Petit Cervin. Les temps d’attente s’allongent. Nous ne voulons pas imposer cela à nos clients, surtout à ceux en provenance d’Asie qui jouent un rôle de plus en plus important pour nous et qui ne séjournent que très peu de temps dans la région. Cet aménagement devenait donc urgent. La deuxième raison est l’attrait croissant des domaines skiables de Cervinia en Italie. En hiver, plus de 3’000 personnes effectuent chaque jour le trajet de Zermatt à Cervinia et autant dans l’autre sens pour aller vers Zermatt. Avec les nouvelles télécabines, nous pourrons également offrir davantage de confort et d’efficacité à ces usagers. Ce projet pose aussi la première pierre du projet de plus haute traversée des Alpes, appelé à jouer un rôle essentiel à l’avenir pour les Zermatt Bergbahnen.

Comment planifiez-vous les investissements?
Les Zermatt Bergbahnen ont une stratégie d’entreprise clairement définie. Il ne s’agit pas pour nous d’agrandir le domaine, mais de maintenir le périmètre existant, de l’optimiser et de le renouveler sans cesse.

Y a-t-il toujours assez d’argent dans les caisses?
Notre entreprise affiche une excellente santé financière. Malgré cela, il est évident que nous devons consentir d’importants investissements. Le consommateur ne pense pas toujours à tout ce qui se cache derrière, à savoir non seulement la construction et l’exploitation des remontées mécaniques, mais aussi tout le travail d’entretien des pistes, les installations d’enneigement, le personnel indispensable et les machines. Nous avons calculé qu’une journée d’exploitation coûte environ 260 000 francs aux Zermatt Bergbahnen.

Est-ce que le prix des tickets va augmenter avec tous ces investissements?
Nous pratiquons les mêmes prix depuis quatre ans et il y a eu aucune augmentation de tarif cet hiver même si nous avons investi 420 millions de francs au cours des douze dernières années. Ces innovations permanentes font de nous l’une des sociétés de remontées mécaniques les plus rentables de Suisse. En 2015, avec un chiffre d’affaires de 68 millions de francs, nous avons réalisé un bénéfice avant impôt de près de 50 pour cent et le flux de trésorerie s’est établi à 42 pour cent.

L’augmentation de la fréquentation en montagne est-elle un bien pour Zermatt?
Il faut distinguer entre tourisme estival et tourisme hivernal. En hiver, nos capacités sont bien exploitées compte tenu de la stagnation de la demande. Nous pouvons difficilement monter nettement en régime. En revanche, nous pouvons faire plus durant l’été. Il existe un fort potentiel de croissance dans le secteur des excursions, avec des visiteurs qui passent deux à trois nuits sur place. Le premier jour, on assiste au lever du soleil au Rothorn, où l’on profite du plus beau point de vue sur le Cervin. Le deuxième jour se passe au Gornergrat, avec un superbe panorama sur les glaciers. Et le troisième jour est dédié au Petit Cervin. L’été prochain, nous proposerons un ticket permettant de visiter deux sommets le même jour.

Quelle est la clientèle la plus importante à vos yeux: la clientèle suisse ou étrangère?
La clientèle suisse est très importante pour nous, car elle représente le plus fort pourcentage de fréquentation. Toutefois, Zermatt est aussi une destination touristique internationale, d’où notre intérêt pour le marché asiatique. 

Combien de personnes utilisent chaque jour les installations des Zermatt Bergbahnen?
Le record est de 19 600 personnes. En haute saison, un jour normal, nous transportons entre 16 000 et 17 000 usagers. Il faut préciser que la capacité de transport normale du domaine skiable de Zermatt, hors Italie, s’élève à 56 000 personnes par heure. En temps normal, il y a donc peu de temps d’attente.

Ressentez-vous la pression exercée sur les prix par la concurrence?
Bien sûr, mais nous ne voulons pas céder. La devise des Zermatt Bergbahnen est: Leading Price, Leading Quality. Si on commence à livrer une guerre des remises, on ne s’en sort plus.

Avez-vous un bon plan à recommander aux amateurs de ski qui découvrent Zermatt?
Montez à Sunnegga le matin, puis rejoignez le Rothorn et de là, traversez tout le domaine skiable pour descendre jusqu’à Cervinia, en Italie, en passant par le Gornergrat et le Petit Cervin. Cela fait une énorme longueur de pistes, mais cela se fait sans problème en deux heures et demie - trois heures, sans jamais emprunter deux fois la même piste. Et tout cela avec un ticket vendu 92 francs. En optant pour un forfait sur plusieurs jours, cela revient à environ 60 à 70 francs. .

  

Markus Hasler, CEO de remontées mécaniques de Zermatt
Né à Lucerne, Markus Hasler a étudié les mathématiques et la physique à Berne. Durant douze ans, il a dirigé les remontées mécaniques de Brigels-Waltensburg-Andiast dans les Grisons et s’est engagé sur la scène politique. Depuis 2011, il est CEO de la société Zermatt Bergbahnen  AG.

© L’illustré
Textes et photos ont été publiés en collaboration avec Zermatt Tourisme comme édition annexée dans l’illustré du 4 novembre 2016.