La société Air Zermatt incarne le sauvetage alpin. En prélude de l’année anniversaire 2008, la chaîne télévisée suisse SF 1 diffusera les 1er, 2, 3 et 4 janvier 2008 à 21 h la série hivernale «Les sauveteurs – en route avec Air Zermatt». L’entreprise compte à son actif 30 000 interventions et performances pionnières devenues des standards au niveau international. En été a lieu à Zermatt l’assemblée générale des actionnaires. Entretien avec Beat H. Perren, fondateur et président du conseil d’administration de la société Air Zermatt AG.
Une ambition: atteindre les sommets du sauvetage alpin
Un entretien avec le fondateur et président du conseil d’administration Beat H. Perren
Qu’est-ce qui vous a conduit à fonder Air Zermatt en 1968?
C’étaient les conditions à Zermatt. J’étais actif au conseil municipal depuis 16 ans et j’avais sous ma responsabilité le système de santé. C’était incroyablement difficile: nous n’avions aucune liaison routière, aucune ambulance. Certes, les chemins de fer possédaient une ambulance à l’époque, mais avec les années, celle-ci fut transformée en wagon de marchandises. Le dernier train arrivait à huit heures du soir, le premier partait à six heures. Que faites-vous d’un patient souffrant d’un infarctus du myocarde en pleine nuit? On devait commander exceptionnellement un train. Deux ou trois heures pouvaient s’écouler d’ici à ce qu’il arrive. Un temps trop long pour les patients.
Et puis il n’y avait que deux médecins à Zermatt. Nous étions très mal lotis en termes de soins. Si un hôte de Zermatt se cassait la jambe en faisant du ski de fond, alors il était confié aux mains de ces deux médecins, dont aucun n’était chirurgien. Ils opéraient quand même les patients quand la situation se présentait.
Comment les Zermattois ont-ils réagi à votre projet?
Nous avons eu toutes les difficultés du monde à l’époque. Un héliport autorisé était essentiel. Les Zermattois avaient peur de l’émission de bruit. Les réfractaires ont ensuite lancé une pétition. Les deux tiers ont signé. Nous avons alors convoqué une assemblée publique, puis la décision a été prise en assemblée communale. Une bonne majorité a adopté la fondation.
Ensuite, nous avons eu des problèmes avec la construction de l’héliport. Il devait être validé par les autorités fédérales. C’est pourquoi le premier hiver, nous sommes restés stationnés à Täsch, d’où nous avons opéré. L’héliport fut construit en 1968. Un comité d’initiative fut créé. Il se composait de l’ancien directeur de station de cure Constant Cachin, Daniel Lauber et Ulrich Imboden. On a fondé la société par actions.
A quoi ressemblait la première mouture d’Air Zermatt?
Au début, tout était très simple. Nous avions commandé une machine un an auparavant. Il s'agissait d'une Agusta Bell 206 A. La machine est arrivée en 1968, après Pâques. Nous avons ensuite engagé un pilote: Günter Amann, un pilote de la Bundeswehr, quelqu’un de très bien. Puis un mécanicien est venu le rejoindre. C’est ainsi que nous avons démarré l’exploitation. En 1969 est arrivée l’Alouette III. C’était la première machine en Suisse disposant d’un treuil de sauvetage. Elle était bien plus adaptée aux missions de sauvetage. Etant donné qu’au début, nous ne voulions rien risquer financièrement, nous avons acheté une machine plus petite, moins chère. A l’époque, elle a coûté un demi-million de francs suisses et j’ai dû me porter personnellement garant.
En quoi consistaient les performances pionnières d’Air Zermatt?
Nous avons montré qu’il était possible de mener un sauvetage direct sur la face nord. Les alpinistes présents nous ont ri au nez, mais nous avons déposé des guides en cinq endroits, et les avons récupérés. C’était le début du sauvetage extrême. Très globalement, nous avons fourni un travail de développement énorme, car le sauvetage en avion en était encore à ses balbutiements. La Garde Aérienne de Sauvetage, l’actuelle GASS, n’avait pas encore d’hélicoptère. En partant de Zermatt, nous avons survolé les Grisons, Biz Bernina, le Tessin, l’Oberland bernois, Fribourg, nous sommes allés partout. Tout le matériel de sauvetage était encore très rudimentaire. Nous avons abordé le sauvetage dans les crevasses avec un compresseur et des marteaux perforateurs, car auparavant, tous ceux qui tombaient dans des crevasses et y restaient coincés étaient toujours retrouvés morts. Passé un quart d’heure, on ne pouvait déjà plus les atteindre car ils s’étaient fondus dans la glace.
Puis nous avons été la première société à utiliser le trépied. Une découverte de Walter Habegger, un industriel. Nous avons été la première société en Suisse à avoir un médecin à la base, en 1973. Depuis 1983, nous avons exclusivement des anesthésistes à la base. Médicalement parlant, c’est le must en service de sauvetage. Ce sont des gens expérimentés en médecine intensive.
Nous avons fait du sauvetage extrême avec une corde à nouer rallongée, jusqu’à 65 mètres. Aujourd’hui, on va jusqu’à 200 mètres. Tout cela est venu de nous. Le matériel mis au point à Zermatt est aujourd’hui élevé au rang de standard international. Vous le trouvez à la GASS, comme à l’Air Glacier, en Autriche, en France. On a repris nos méthodes, bien qu'il ne soit pas inhabituel en service de sauvetage de rejeter les idées d’autrui.