Expérience vécue: randonnée hivernale

Début janvier 2014

Une journée d'hiver digne d'un livre d'images nous attend: soleil radieux et beaucoup de neige. Nous optons pour la randonnée hivernale au Gornergrat. Il est déjà 14 heures. Mais nous partons l'esprit léger. Nous ne savons pas encore que la montagne a sa façon toute personnelle d'accueillir les randonneurs.

Pas de stress, la détente est au programme. Nous prenons tout d'abord les remontées mécaniques pour rejoindre le Gornergrat, contemplons les 29 sommets de 4'000 mètres sur la plateforme panoramique. Le paysage est époustouflant. Le Cervin se dresse majestueusement, couronné de quelques petits nuages. Mais déjà la montagne projette son ombre sur la vallée en contrebas. Nous, du pays d'en bas, ne pouvons interpréter ce phénomène. La montagne nous apprendra.

Départ à Rotenboden

Le trajet du Gornergrat à Rotenboden est court. Nous ne trouvons pas tout de suite les panneaux indiquant le chemin de randonnée hivernale. Un autre touriste nous conseille de tourner à gauche après le cabanon de la station. Et nous trouvons les panneaux recherchés. Tout d'abord, notre chemin de randonnée, bien préparé par une dameuse, descend à-pic. Nous glissons sur la neige et rions comme des enfants. Nous passons devant un poteau indicateur bien ancré dans la neige. Les panneaux sont à la hauteur de nos hanches. Il est drôle de voir l'aspect d'un tel poteau lorsque la neige atteint presque les plaques indicatrices. Nous progressons lentement et profitons de la vue. Parfois, nous nous arrêtons pour prendre des photos.

L'ombre apporte un froid mordant

Nous parvenons dans une région enveloppée par l'ombre du Riffelhorn, qui s'étend de plus en plus. Elle plonge le chemin de randonnée dans un bleu profond. Le paysage semble soudain moins accueillant, voire un peu inquiétant. Juste quelques instants plus tôt, nous avancions et batifolions sous le soleil. A présent, nous fermons nos vestes, nos mains s'engourdissent. Nous sommes contents d'enfiler écharpes et bonnets. Nous accélérons le pas pour dépasser le plus vite possible la montagne à l'aspect inhospitalier. Elle masque une partie de la vue. Le froid nous glace les joues. Il nous est de plus en plus difficile de parler, car la commissure de nos lèvres se rigidifie. La montagne nous apprend: les régions ombragées, en fin d'après-midi, à près de 3'000 mètres d'altitude, se révèlent glaciales en janvier, même si le soleil est agréable et chaud. Nous découvrons que là où le soleil ne brille pas, les conditions arctiques prennent rapidement possession des lieux. Nous nous emmitouflons davantage. Par chance, nous quittons bientôt cette zone d'ombre.

Devant nous, le Cervin, encore et toujours. Il est là, imposant, avec sa face est recouverte de neige. Mais comme l'ombre gagne du terrain, la montagne par excellence aussi revêt une allure toute différente.  Distante, froide, secrète. Quelques nuages l'entourent. On dirait qu'ils ont été peints dans le ciel.

La vue apaisante de la civilisation

Nous poursuivons notre descente, en file indienne. La neige est haute, le vent l'a entassée en de nombreux endroits: partout, d'imposants gardiens de neige semblent vouloir ramper sur le chemin de randonnée. Par chance, ils ne recouvrent pas le sentier, les chenilles des dameuses y veillent bien. Chacun d'entre nous trace un cœur avec ses initiales dans la neige. Bientôt, nous apercevons, en contrebas, la chapelle et la station de montagne Riffelberg. Nous sommes heureux de voir enfin des signes de civilisation. La randonnée est belle et pas trop longue. Mais impossible pour nous d'oublier le froid que jette l'ombre du Riffelhorn.

Le jour touche lentement à sa fin, les ombres bleu foncé dans la vallée s'obscurcissent et nous rejoignent, sur les hauteurs. Sur le chemin du retour à Zermatt, nous sommes unanimes: la prochaine fois, nous partirons plus tôt pour rester, tout le long de la randonnée, sous le soleil. Et nous nous demandons aussi si, la prochaine fois, nous ne voulons pas tester la piste de luge. Une descente fulgurante serait aussi une belle aventure! La piste démarre à Rotenboden. Une chose est sûre: ce n'était pas notre dernière fois!

Monika et Dominic, Zurich