Recherche scientifique: le „Hore“ mis sous observation

Le Cervin bouge. En 2003, la chute de blocs du Hörnligrat avait attiré l’attention internationale. Depuis des années, le Mont Cervin est sous surveillance scientifique. Et les scientifiques constatent que des éboulements sont toujours possibles. Pour comprendre les mécanismes à l’œuvre, ils gardent la reine des montagnes à l’œil.

Andreas Hasler de l’Institut géographique de Zurich déclare: „Si le printemps et l’été sont très chauds les températures pourraient provoquer les mêmes effets.“ En clair, cela signifie que des blocs pourraient encore se détacher du Hörnligrat. 1'000 m3 sont tombés de la montagne le 15 juillet 2003, nécessitant l’évacuation par hélicoptère de 90 alpinistes et la fermeture de la voie d’escalade pendant plusieurs jours. La masse de roche de 1'000 m3 correspond à un cube de pas moins de 20 mètres de surface au sol.

Une observation minutieuse du „Hore“

Depuis plusieurs années, un réseau de capteurs sans fil livre des données sur les mouvements de la roche au Mont Cervin. A présent, les chercheurs du Pôle de recherche national „Systèmes Mobiles d’Information et de Communication“ (NFS MICS) publient leurs résultats. Ces derniers permettent de mieux comprendre les chutes de blocs et de surveiller les zones de permafrost à risque.

Dans un communiqué de presse, le FNS (Fonds national suisse de la recherche scientifique) se penche sur ces mécanismes : dans les décennies à venir, le changement climatique mondial aura une forte incidence sur la composition des paysages alpins. Les glaciers continuent de reculer et il faudra compter avec une multiplication des éboulements. Les experts constatent depuis plusieurs années une recrudescence de tels phénomènes dans les Alpes. Cela concerne tout particulièrement les zones de permafrost dans lesquelles le sous-sol rocheux est gelé en permanence. En 2003, la canicule a provoqué un éboulement au Hörnligrat du Mont Cervin. L’étude du lieu de rupture de la roche a montré que l’éboulement a mis à jour plusieurs failles gelées. Un groupe de chercheurs de l’Université de Zurich encadré par Stephan Gruber a donc passé à la loupe cette zone instable du Mont Cervin.
En collaboration avec des scientifiques de l’Université de Bâle et de l’Ecole polytechnique fédérale de Zurich et dans le cadre du projet „PermaSense“ du Pôle de recherche national (FSN MICS) "Systèmes Mobiles d’Information et de Communication", soutenu d’ailleurs par l’Office fédéral de l’environnement, l’équipe de Stephan Gruber a installé en été 2007 un réseau de capteurs sans fils sur le Hörnligrat. Ces capteurs ont permis aux scientifiques de mesurer pendant plusieurs années les mouvements de la roche dans plusieurs failles. Les scientifiques expliquent qu’ils ont pu identifier un processus de mouvement complexe provoqué par deux facteurs distincts. Lorsque la roche se réchauffe en été, elle se dilate, refermant ainsi les failles. A l’inverse, lorsque la roche se refroidit en automne, les failles réapparaissent. Ce mouvement alternatif d’ouverture et de fermeture modifie peu à peu l’agencement géométrique des failles en profondeur, entraînant avec le temps un ameublissement de la roche.

«Les données de mesure recueillies ces dernières années nous fournissent de précieuses informations pour mieux comprendre les modes de fonctionnement des zones à permafrost», déclare Stephan Gruber. «Elles nous aident à surveiller à plus long terme et de manière ciblée les zones à risque.» Par conséquent, l’hypothèse la plus plausible est que, tendanciellement, la roche gelée perd en stabilité lorsque les températures montent. «Néanmoins, nous n’avons toujours qu’une vague idée de ce qui se joue réellement dans le sous-sol.»

Consulter les gens du pays

Pour se lancer à l’assaut du Mont Cervin en toute sécurité, il est fortement conseillé de se renseigner au préalable auprès du Centre alpin. Les guides locaux sont des experts du Mont Cervin. Ils assurent à leurs clients le maximum de sécurité, connaissent les voies et les dangers liés au changement de temps et aux chutes de pierres.