ARA

29/01/2014

La nouvelle station d’épuration de Zermatt est en service. Après trois années et demie de construction, la plus grande installation de biologie par membrane en Suisse a su canaliser avec brio l’affluence de touristes. Volume des investissements: 35 mio. de CHF.

Beni Zenhäusern, responsable de la station d’épuration, pointe le pouce vers le haut. Les résultats des analyses en laboratoire en apportent la preuve noir sur blanc: la nouvelle étape d’épuration biologique a passé avec brio le baptême du feu et a parfaitement assaini en fin d’année les eaux usées des hôtes et des habitants.

«Transplantation cardiaque» dans la caverne

Certains autochtones ne savent même pas répondre lorsqu’il s’agit d’indiquer le chemin à suivre pour se rendre à la STEP/ARA de Zermatt. Bien cachée dans les entrailles de la montagne, à la sortie du village, l’installation purifie depuis 32 ans les eaux usées de la station de villégiature mondiale. Entre-temps, les charges polluantes mais également les exigences de qualité des eaux usées traitées sont devenues telles qu’elles nécessitaient de développer davantage l’étape d’épuration biologique. Prévalait une consigne: pas de percée supplémentaire de la roche, les nouvelles installations doivent relever ce défi avec le volume de bassin existant. Afin de satisfaire à ces directives, seul le procédé de biologie par membrane économe en espace et innovant (voir encadré) entra en ligne de compte. L’installation est conçue pour 60 000 personnes et se différencie des autres procédés de purification par ses eaux usées traitées totalement dépourvues de matières solides.

Comment installer un nouveau dispositif de traitement des eaux usées dans les entrailles de la montagne tout en poursuivant simultanément l’exploitation de la station d’épuration existante? Les ingénieurs se sont basés sur la production d’eaux usées du lieu touristique présentant des variations saisonnières marquées analogues «à un dos de chameau». Le procédé s’est ainsi apparenté à une transplantation cardiaque sur un patient: la fenêtre temps allant de Pâques à décembre a été utilisée avec adresse pour transformer, la première voie des eaux usées au cours de 2012, puis la seconde en 2013. Une voie des eaux usées était donc maintenue continuellement en fonctionnement durant les périodes moins chargées. Le planning strict relatif aux démolitions, aux opérations de rénovation, aux nouvelles constructions en béton, aux installations de machines, électriques et d’aération a pu être respecté grâce à un travail s’effectuant en deux équipes. Aucun accident grave survenu sur le personnel n’a été déploré pendant toute la durée de construction. La seconde voie des eaux usées a été mise en service dans les délais, avant le début de la saison d’hiver.

Nouveau traitement de la boue et des effluents gazeux

Parallèlement à la transformation de l’étape d’épuration biologique a été érigé un nouveau bâtiment jouxtant le portail du site de traitement des eaux usées et destiné à abriter les dispositifs de traitement de la boue. L’installation se situant à proximité immédiate des habitations, aucune émission odorante ne peut être tolérée. Là encore, il fallut avoir recours à de nouvelles solutions: toutes les installations engendrant de la boue fraîche fortement odorante ou permettant de la stocker sont closes et maintenues en légère dépressurisation grâce à un ventilateur. Ainsi, les effluents gazeux fortement odorants ne sont pas rejetés dans les pièces de l’établissement ou à l’extérieur mais sont directement dirigés vers une installation de traitement des effluents gazeux se composant d’un dispositif de lavage et de deux biofiltres.

Christoph Bürgin, président de la commune de Zermatt, est fier de ce nouvel ouvrage: «Les investissements de 35 mio. de CHF sont, certes, très élevés, mais nous devons à nos hôtes du monde entier de leur proposer une infrastructure fonctionnant bien et un environnement intact».

Qu’est-ce que la biologie par membrane?

L’étape d’épuration biologique constitue la pièce maîtresse d’une station d’épuration et est appliquée à la fin d’un processus de traitement. Les eaux usées brutes libérées de substances grossières et de matières décantables sont mises en contact avec de micro-organismes composés d’une multitude d’espèces diverses. Ces micro-organismes fixent les composants non dissouts présents dans les eaux usées et se nourrissent des composants dissouts (conversion de matières organiques et composés azotés dans l’eau, dioxyde de carbone et azote de l’air). Ils se multiplient durant cette phase. Chaque jour, ils sont pompés des bassins d’eaux usées et dirigés vers les installations de traitement de la boue.

Au cours de l’étape de filtration sur membrane les micro-organismes sont séparés des eaux usées purifiées: celles-ci sont aspirées par des pompes à travers les pores d’une multitude de fibres de membranes creuses analogues «à des pailles» (de l’extérieur vers l’intérieur). Les micro-organismes restent maintenus dans le bassin. Afin que les pores des membranes ne s’obstruent pas, ils sont aérés lors de l’écoulement des eaux usées et régulièrement nettoyés avec de l’acide citrique et de la Javel.

Plus grande installation de biologie par membrane en Suisse

Capacité d’épuration des eaux usées: 60 000 personnes
Volume d’eaux usées traitées: 2,1 mio de m3/an
Consommation d’énergie: 1,5 mio de kWh/an
Superficie de l’installation dans la montagne: 4 000 m2
Durée de construction: trois ans et demi
Nombre d’employés: 5
Investissements: 35 mio. de CHF